Archive de la catégorie «Chinois en France»

Parfum de Chine au Rond point

août 7, 2007

Commerce. De plus en plus de boutiques tenues par des asiatiques s’implantent au Rond Point. Explications.

Alors que les restaurants chinois sont implantés un peu partout dans la ville du Havre, cinq boutiques de vêtements, d’accessoires, d’alimentation, de bazar, tenues par des patrons chinois ou d’origine chinoise, coexistent en une distance de deux cents mètres environ, sur la rue Aristide Briand.

Les commerçants sont venus pour la plupart de la ville de Wenzhou, située sur la côte sud-est de la Chine. Ils ont tous passé un séjour à Paris avant d’arriver au Havre. «Nous, les Wen zhou ren (les originaires de Wenzhou), nous n’avons pas de racine, nous allons à l’endroit où nous pouvons faire du buisness», explique Huang Sheng*, patron des «Folies du bazar». Cet avis est partagé par les patrons des autres boutiques, car la raison pour laquelle ils sont venus, est la même: «j’ai trouvé ce magasin à vendre, et ce n’est pas cher pour moi, donc je l’ai acheté et je me suis installé ici avec ma famille», témoine Yang Shishan, le plus jeune de tous. A 23 ans, il est au Havre depuis deux ans et il gère sa boutique de vêtements baptisée «Eastern Charm».

Mode de fonctionnement

Pour investir dans le commerce, ces hommes d’affaires comptent beaucoup sur leurs parents et leurs amis. «La plupart de nous trouve le commerce à acheter par l’intermédiaire des proches», affirme Huang Sheng. C’est pourquoi en général leurs prédécesseurs sont déjà des chinois.

Pour le capital nécessaire, «ce sont les amis ou les parents qui nous prêtent d’abord», dévoile Yang Guosheng, gérant du Baleo, qui vend les accessoires de mode. «Si je dois d’abord mettre de l’argent à côté pour enfin pouvoir faire du buisness, je serais déjà vieux», rigole-t-il.

Pourtant, il y a celui qui succède à un patron français, c’est le cas de Yang Shishan. «Nous sommes la première boutique de vêtements de ce genre», signale sa cousine, «mais maintenant, il en existe plusieurs, tenues par des Français». Ce qui donne encore plus d’impression que la rue est «envahie» par les produits chinois.

Quant à leurs marchandises, «elles viennent de Paris, par l’intermédiaire des grossistes des articles chinois», confirme Cai Sipasseuth, patron du supermarché d’alimentation Hoa Soung. Laosien naturalisé Français, son magasin est un des fournisseurs des restaurants chinois, «je suis d’origine chinoise», confie-t-il en mandarin.

En revanche, Huang Sheng commande ses produits non seulement à Paris, mais aussi de la Chine. «Parfois des bateaux arrivent au bon moment, et j’en profite pour les récupérer directement au port du Havre», précise-t-il, «j’ai également des liens avec des entreprises françaises. Pour certains catégories, ils ont une qualité meilleure.»

Limité par leur niveau de la langue française, ces commerçants ont parfois des difficultés de communication et de compréhension avec la société française. Cela explique pourquoi ils ne fréquentent pas beaucoup les Français, mais surtout se voient entre eux. «Cela bloque nos affaires de temps en temps», regrette Yang Guosheng. Dans ce cas, ils sont obligés de demander secours à leurs enfants, qui sont nés, qui grandissent en France et qui s’intègrent mieux dans ce pays.

*Ce prénom a été modifié.

L’avenir vu par les patrons
Le port du Havre est le premier de France en tant que tonnage, et la vie économique de cette ville s’améliore chaque année. Pourtant les patrons chinois ne sont pas convaincus de la perspective de leurs boutiques. «Ces dernières années, les affaires ne tournent pas très bien», raconte Huang Sheng, «Certains chinois ont investi à des magasins, mais ils ont perdu de l’argent, et ils ont dû partir». C’est approuvé par le départ d’une boutique de chaussures sur l’avenue René Coty, non loin de l’Hôtel de ville. Cet avis est également partagé par Yang Guosheng, qui pense que les Havrais préfèrent des articles bon marché. «Cette ville n’a pas attiré beaucoup de commerçants chinois, parce que par rapport à des villes comme Marseille, Lyon ou Toulouse, les gens sont plus pauvres.»

L’article et l’encadrée ont été publiés dans Paris-Normandie version Le Havre du mardi 7 août 2007.

Les Chinois en France: et eux, et eux, et eux…?

février 8, 2007

Présidentielles

Les Chinois en France : et eux, et eux, et eux… ?

Avril 2002 a marqué les Français. Cinq ans après, les différentes forces politiques reviennent sur le ring pour disputer un nouveau trophée. Face aux promesses d’une trentaine de candidats, beaucoup de jeunes Français d’origine chinoise vont voter. Pour qui ? La tendance semble s’orienter vers la droite traditionnelle.

Combien sont-ils et où sont-ils ?

Le nombre des immigrés chinois en France n’est pas très important par rapport aux autres origines comme les pays maghrébins ou les anciens pays d’Indochine, mais il a connu « une ascension rapide », selon monsieur Squarcioni, le responsable de la Mission statistique de la DLPAJ(Direction des libertés publiques et des affaires juridiques), au ministère de l’Intérieur. Les Français chinois de souche seraient 600 000 actuellement, affirme Pierre Picquart, spécialiste du monde asiatique et auteur de L’Empire chinois (éd. Favre), résidents ou d’origine tous genres confondus, tandis que les autorités estiment qu’il y en a environ 450,000. Parmi eux,100 000 ont le droit de voter au maximum, selon Xiao Fei, journaliste de la Nouvelle Europe, journal en langue chinoise basé à Paris.

« La plus grande partie de la population chinoise établie en France vit dans la région parisienne », écrit Brigitte Tison dans son article « L’immigration chinoise en France », publié dans le revue « Migrations Santé » qui a consacré un numéro spécial sur l’immigration chinoise en 2005. On connaît le fameux XIIIe arrondissement, le « China town » parisien, mais, selon l’auteur, la communauté chinoise se regroupe également autour de la gare de Lyon, dans les IIIe et VIe arrondissements, dans le XIXe arrondissement soit le Bas-Belleville, et à Marne la Vallée (Seine-et-Marne).

Quant à leurs professions, ils travaillent en masse dans la restauration, mais ils sont présents dans les domaines aussi variés que les agences de voyage, les magasins de vidéo, et les grandes entreprises multinationales.

Vont-ils voter et pourquoi?

Les élections présidentielles représentent le grand théâtre de la démocratie en France. Pour bien s’intégrer dans la société française, il faut que les Français d’origine chinoise profitent de cette occasion « pour se faire entendre », insiste Hanping Zhang, commerçant dans le quartier informatique du XIIe arrondissement.

Mais est-ce qu’ils vont voter en 2007 ? « La communauté chinoise donne l’impression qu’elle ne pense qu’à faire du commerce et à gagner de l’argent », confie Meina Huang à la Nouvelle Europe. « Les Français d’origine chinoise ne votent pas en général. Ils ne se sentent pas avoir le droit et le devoir en tant que citoyen français », souligne Antony Fang, 29 ans, encadreur à Ivry.

Qui va voter alors ? « Les jeunes votent plus que les personnes plus âgées », estime Jean-Marie Cambacérès, président de l’association France-Asie, ancien député du Parti socialiste. Les jeunes entre 20 et 30 ans se sentent en général plus concernés par la politique : « Je me suis inscrit sur les listes électorales dès mes 18 ans », répond Sébastien To, consultant informatique de 29 ans, né en France. « Je vote parce que c’est cela qui différencie un civil d’un citoyen », explique-t-il. En revanche les individus de plus de 40 ans sont nettement moins intéressés par les élections présidentielles : « On ne parle pas de politique. On ne comprend pas les Français », élude la patronne chinoise naturalisée française, qui tient une boutique de sacs.

Pourquoi existe-il une telle rupture ? « La plupart des jeunes sont nés ici ou venus en France à très jeune âge », constate un spécialiste du Maoïsme et de la Chine, « ils ont connu la citoyenneté française à l’école. C’est une raison pour laquelle ils votent plus que les générations précédentes, qui ont souvent eu la nationalité française après leur arrivée en France, et qui ont plus d’intérêt à s’y intéresser a priori ».

Pour qui vont-ils voter ?

En 2002, avec la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour, ils ont voté majoritairement pour Chirac comme la plupart de Français. « On était obligés », précise Valentin Ye, 23 ans, né en France, qui travaille dans la boutique de son père dans le IIIe arrondissement à Paris. Pour cette année, les avis sont encore vagues et indéterminés. « Je ne sais pas encore », répond Richard Trinh, étudiant de 22 ans, né en France.

Ils balancent surtout entre les deux principaux candidats, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Le président de l’UMP n’arrête pas de citer la communauté chinoise comme « le modèle » des immigrés sur le territoire républicain, alors que la candidate socialiste a effectué récemment une visite au pays de leur origine et qu’elle est en faveur du regroupement familial. Tout reste encore à jouer.

« J’ai une idée floue entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy », explique Antony Fang, qui penche plutôt vers la gauche, « mais si Chirac se présente, cela change tout » . Bien que la candidate du Parti socialiste ne lui donne pas confiance, il ne veut pas voter pour le ministre de l’intérieur. « C’est cela le problème de la France : on ne vote pas pour quelqu’un, mais contre quelqu’un. C’est le vote par défaut », continue-t-il.

« Je ne m’y connais pas assez pour faire un bon choix », révèle Joseph Chang, vendeur de 27 ans, né en France et travaille actuellement dans une banque française à Hong Kong. « A voir selon les programmes, mais mes origines chinoises me poussent à voter pour un parti de centre-droit », poursuit-il.

« Je n’ai pas encore d’opinion fixée», dévoile une étudiante de 23 ans en finance dans une école d’ingénieur, née en France, « j’attends le déroulement de la campagne pour me faire un avis plus précis, mais a priori je penche plutôt pour Nicolas Sarkozy », Parce que Sarkozy lui semble « avoir beaucoup de carrure et de courage ».

« Je n’ai pas encore la nationalité française, mais mon mari, qui est né en France, va voter plutôt pour la gauche, parce que nous sommes toujours des étrangers aux yeux des Français purs », confie Zhen Chen, billettiste de 26 ans, qui est en France depuis cinq ans et travaille dans une agence de voyage. Son mari qui a le même âge qu’elle, est informaticien dans une grande multinationale, et ce n’est pas la première fois qu’il va voter.

« Les Français d’origine chinoise qui sont installés dans le pays depuis longtemps, sont pour beaucoup des commerçants », témoigne le même spécialiste de la Chine, « ils n’ont pas de problème de revenus. N’étant pas touchés par la discrimination, ils vont plutôt voter pour la droite. Tandis que les nouveaux arrivants, ils n’ont pas cette culture de voter ».

La différence d’attitude entre les Français nés en Chine et ceux qui sont nés en France est très évidente. Cela montre une grande confrontation des deux cultures. Pour mieux s’intégrer dans la société, la culture et la vie françaises, il faut que les immigrés chinois fassent plus d’efforts pour comprendre les autres et se faire entendre.

Tchingtching-Francefrance

novembre 17, 2006

C’est facile de savoir ce que l’on lutte contre, mais c’est difficile de savoir ce que l’on lutte pour.
— Un proverbe africain

Une chinoise qui apprend le français, la question qu’elle rencontre la plus est : pourquoi tu apprends le français alors que toute la Chine apprend l’anglais ? Ben oui, j’ai choisi le français au lieu de l’anglais. J’ai fait ce choix quand j’avais 13 ans et c’est juste grâce à l’envie des jolies robes de soirées.

Quand les professeurs chinois commençaient à nous anesthésie avec la grandeur de la France, les Français s’intéressaient plutôt à ce que l’on pensait de leur pays et d’eux. Une question classique avec des citoyens du pays de la loi (l’interprétation de la traduction de la « France » en chinois) était : « donnez trois mots qui viennent dans vos pensées quand on parle de la France ». Alors la réponse était souvent unie : romantique, libre, élégante. Cela faisait rire des Français, dont une m’a dit : « pourquoi vous pensez que nous sommes romantiques ? Je trouve que les Chinois sont plus romantique que nous. » Oui, nos hommes passent beaucoup de temps à la maison, auprès de ses chers, nos prommesses tiennent peut-être plus longtemps, mais nous ne nous exprimons pas nos émotions, nos amours devant les autres gens, nous sommes beaucoup moins libre dans nos gestes de peur de perdre la face (notion chinoise qui veut dire être déshonoré). Donc, pour nous, c’est vous qui êtes plus romantiques, car nous avons toujours envie de ce que l’on ne possède pas.

A l’université, c’était une époque de nouvelles découvertes. Plus de connaissances générales, plus d’activités, plus d’amis. De la poésie chinoise à l’économie internationale, de la danse au tennis, du Malien au Hollandais, la vie était vraiment très belle.

Un jour, je ne suis même pas capable de vous dire quel jour, une idée est venue dans ma tête sans prévu et qui s’y est installée depuis : travailler dans l’aide humnitaire, pour montrer les souffrances et les malheurs oubliés par le reste du monde. L’Homme est toujours insatisfait, on ne peut sentir le bonheur que quand on ne l’a plus. Montrer la faim des enfants africains, peut collecter des dons pour eux, et peut aussi faire apercevoir des raleurs combien ils sont heureux avec la traquillité de la vie. Pour cette raison, j’ai vécu deux ans en Algérie, avec un groupe de médecins, envoyés par le gouvernement chinois, pour aider ce pays qui a encore plus de difficultés que chez nous. J’ai vu des bébés abandonnés, j’ai vu des adolescents blessés pendant des bagarres, j’ai vu des vieillard qui se faisaient soigner pour pouvoir continuer leur travail. La femme a perdu son mari, la maman a perdu son fils, les larmes, les cris, les prières. Mais j’ai vu aussi le grand bleu de la méditerranée, la joie de la jeune marié en gandoura (habit traditionnel), la gentillesse de simples gens du quartier…